Citation de Pablo Servigne : altruisme et égoïsme

Pablo Servigne est un chercheur français indépendant et transdisciplinaire. Il est notamment co-auteur du livre « Comment tout peut s’effondrer », un essai sur notre civilisation et son futur où les deux auteurs analysent les différentes crises actuelles et à venir (écologique, sociale, économique) et ce que cela implique pour nos sociétés, sans tomber dans le fatalisme.

Il a également écrit un livre moins connu mais fort intéressant : « L’entraide, l’autre loi de la Jungle » un essai sur la coopération observable dans la nature, prenant ainsi le contrepied de la logique de compétition sur laquelle s’organisent nos sociétés néo-libérales.

Voici un extrait de son interview sur France Inter, le 23 septembre 2018. Le chercheur y expose de manière concise une vision réaliste de l’être humain, comme étant à la fois altruiste et égoïste. L’idée essentielle est que ces tendances cohabitent naturellement en l’humain mais que la société les développe plus ou moins. Ainsi la pensée économique néolibérale qui veut que l’être humain agisse de manière rationnelle et égoïste (en fonction de ses intérêts uniquement) peut-être questionnée. De nombreuses études récentes ont montré que la coopération et l’entraide ont permis à l’humanité d’être résiliente et de survivre à travers les difficultés. Ce qui va dans le sens du propos de Pablo Servigne.

« Tous les peuples du monde se comportent de manière beaucoup plus coopérative et altruiste que les modèles de l’homo economicus. Ça n’existe pas. C’est juste une idée, une hypothèse de laboratoire mais elle est fausse. L’être humain n’est pas rationnel et égoiste. Il est rationnel et irrationnel et il est égoïste et altruiste à la naissance. Et la société le rend altruiste et égoïste suivant le curseur qu’on met, suivant la société qu’on conçoit.« 

Imaginons un monde

Imaginons un monde dans lequel il n’y aurait plus :
D’agriculteurs. Des gens qui consacrent leur énergie à produire notre nourriture.
D’infirmiers. Des gens qui font en sorte que l’on soit vivant et en bonne santé.
– De professeurs. Des gens qui oeuvrent pour nous instruire, nous rendre apte à comprendre le monde, à nous permettre de réfléchir par nous-mêmes.
D’éboueurs, de personnels de ménage. Des gens qui font en sorte que notre habitat soit vivable, propre, habitable.
De maçons. Des gens qui construisent nos toits, nos murs.
D’artisans. Des gens qui créent nos vêtements, chaussures, meubles, objets du quotidien. Des gens qui savent utiliser les ressources dont l’on dispose pour que l’on puisse vivre plus confortablement.
De leaders. Des gens qui nous rassemblent, nous permettent d’agir collectivement, de prendre des décisions qui participent à l’intérêt général et non seulement aux intérêts individuels.
De policiers. Des garants de la sécurité et de la paix collective.
De psychologues, de philosophes. Des qui nous aident à comprendre le sens de notre existence et celui de nos émotions, à nous comprendre.
 D’artistes, de sportifs. Des gens capables de nous distraire, nous faire rêver…

Et puis imaginons un monde où il n’y aurait plus :
– De consultants
– De managers d’entreprises
– De traders
– De publicitaires
– De contrôleurs
– D’administrateurs…

Et bien je me pose cette question : quels métiers voulons-nous favoriser, développer et soutenir et finalement, pour quelle société?

Enfermement

Des études scientifiques récentes révélent qu’être complètement entouré de forêt ou être en bord de mer, sans structures d’origines humaines, a un effet positif sur notre bien-être mental.

Je pense que nous ne sommes pas conçus pour passer de nombreuses heures de la journée enfermés dans un bâtiment en béton, les yeux rivés à un écran. Notre vie peut-elle se définir ainsi?

Je crois au contraire que nous sommes appelés à nous déplacer, à créer, à vivre, à cotoyer notre environnement naturel et à éprouver des liens sociaux.

Le revenu universel

L’idée du revenu universel répond au constat qu’il y a une richesse commune (la Terre) et que cette richesse doit être répartie de manière plus juste et plus équitable entre les citoyens, pour assurer la paix et la prospérité.

Le fait que ce revenu soit universel assure que tout le monde soit impliqué dans le projet. Pour faire le parallèle avec le vote, dans le suffrage universel, tout le monde peut voter. On ne se demande pas si la personne est assez intelligente, assez riche ou pauvre, assez homme ou femme, assez noire ou blanche pour pouvoir voter. Avec le suffrage universel tout le monde vote.
C’est l’équivalent pour le revenu universel. Chacun reçoit une quantité d’argent, donc de ressources, dont il/elle peut se servir pour créer, produire, nourrir, vêtir, inventer…

Le défi du revenu universel est double :
– D’une part nous délivrer de l’esclavage capitaliste et du modèle économique productiviste qui détruit la planète et ses habitants.
– D’autre part faire des questions essentielles de notre condition humaine non plus un supplément d’âme pour soirées et week-ends mais la base d’une vie douée de sens.

Le numérique

Allons-nous assister à la naissance d’un contre courant « anti-consommation virtuelle » dans les prochaines années/décennies en réaction à l’augmentation fulgurante de l’importance que prennent les objets digitaux dans notre vie?

Mon constat est que nous faisons actuellement face à un mouvement alternatif de grande ampleur par rapport à l’économie productiviste dans les sociétés occidentales, allant vers une consommation réduite : moins d’objets neufs, moins de nourriture abondante à bas prix… et dans les sociétés occidentales en général. Il y a une recherche accrue de qualité par rapport à la quantité.
Du coup, la consommation digitale, l’utilisation des ordinateurs, portables, tablettes etc va-t-elle aussi connaître une nouvelle inflexion dans les prochaines années? Nous serons confronté.e.s à des crises écologiques et énergétiques majeures, ce qui pourrait changer le regard que nous avons sur le numérique et pousser nos pratiques à se transformer. D’autre part il y aura peut-être une certaine lassitude vis à vis de la place que la consommation digitale aura pris dans nos vies. Peut-être une volonté de se reconnecter à l’humain et à la réalité concrète.

Peut-être que l’on assistera à un mix des deux : à la fois un développement qui se poursuivra en faveur du numérique et de la technologie digitale et en parallèle un mouvement plus ou moins important de distanciation par rapport à son utilisation et de déconnection.