À l’enfant qui ne naîtra pas

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
et qui sans y paraître
en quelques battements
s’est lié à mon être.
Toi qui déjà
caressait de ta vie
mon ventre,
jusqu’alors endormi.

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
comme m’importait peu de savoir
si tu pouvais déjà m’entendre
ou même simplement exister
pour pouvoir déjà t’aimer.
Comment si petit toi,
insignifiant aux yeux du monde entier
as tu pris tout cet espace?
Toi qui n’était rien
et pourtant déjà tout.
Te sachant, c’est moi qui, soudain,
ait été transformée
ébahie face aux bouleversements que tu as engendrés.

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
baigné dans la nuit qui fut tienne
et la promesse déchue d’un ciel
bleu qui ne viendra pas,
que cette nuit soit douce et t’accompagne,
que les instants donnés
restent nôtres, restent là.

À l’enfant qui jamais ne naîtra,
je dis merci,
à toi, qui m’a fait don d’humilité
de joie et tristesse mêlées
cadeau le plus intense
qu’on ait pu me donner.
Je souhaite du fond de moi que ce modeste adieu puisse compter
à présent que je dois
te laisser t’en aller.

Choix de vote

On peut facilement constater que dans toutes les sociétés dites démocratiques où les citoyens élisent des représentants, les citoyens ne votent pas nécessairement pour des représentants politiques qui porteront leurs intérêts. Ou du moins pour ceux qui seraient le plus à même de le faire.

Alors cette question me turlupinait. Qu’est ce qui fait au fond que des classes sociales populaires et moyennes votent parfois pour des représentants de l’élite financière et économique, plutôt que pour des défenseurs plus avérés de l’égalité et de la redistribution sociale?

Certes, les citoyens aisés ont tout intérêt à le faire puisqu’il s’agit de politiques qui leur bénéficieront sûrement (réduction d’impôts sur les hauts revenus et le patrimoine, de charges…). Mais qu’en est-il des autres classes sociales? Pourquoi vote-on parfois pour ceux qui sont déconnectés de notre situation sociale et économique?

Il m’est venue l’idée de me demander si au fond, l’une des raisons n’est pas la peur de se faire « rattraper » dans la hiérarchie sociale par d’autres citoyens qui sont vus comme (encore) moins aisés. Par exemple, en refusant des mesures comme des aides sociales et impôts redistributifs. Voter pour un parti qui susceptible de maintenir le système fiscal et économique en place en maintenant un niveau élevé d’inégalités est peut être en partie rassurant pour certains citoyens qui se trouvent dans une situation sociale intermédiaire. C’est à dire correcte mais fragile. Il s’agirait donc de la volonté de se maintenir dans la hiérarchie sociale. De se replier sur leurs acquis, même s’ils pourraient gagner beaucoup plus en luttant pour plus de redistribution et plus de justice sociale.

Au fond mon idée est la suivante : la peur de perdre et l’insécurité économique sont peut-être paradoxalement motrices dans le choix de représentants politiques qui prônent plus la compétitivité et l’individualisme que l’égalité et la justice sociale.