Histoire courte n°2 : la lettre rouge

 » Ce soir-là, Victor essayait de trouver le calme en appréciant la chaleur du bain qui l’environnait. Il avait eu une journée difficile, entre les clients qui lui menaient la vie dure et cette satanée Louise, au travail, qui refusait toujours ses avances. Il faudrait bien qu’elle cède un jour ou l’autre… Il avait pourtant été galant, trop même. L’enjeu ne valait pas un tel investissement. La jeune femme se faisait désirer et Victor en avait plus qu’assez. Il n’aimait pas la résistance. Il ouvrait le robinet pour rajouter de l’eau chaude à son bain qui tiédissait déjà, quand soudain, un bruit effroyable le fit violemment sursauter. Malgré lui, il poussa un cri strident. Il eut tellement peur, qu’il crut que son cœur allait s’arrêter ! Il avait sentit le mur trembler et vu l’eau de son bain asperger le sol. Il avait automatiquement pensé à un tremblement de terre.

Ça semblait venir du salon. Victor attendit quelques instants, trop secoué. Alors, il s’enroula dans une serviette de bain puis se dirigea avec inquiétude dans son salon, le cœur battant, pour voir ce qui se passait. Interloqué, il découvrit ce qui semblaient être les vestiges d’une… bombe artisanale. Un trou béant découpait sa fenêtre et sa moquette hors de prix était méconnaissable, elle semblait complètement labourée sur un diamètre d’au moins un ou deux mètres. Un trou, peu profond, gisait à sa place. Le meuble lustré qui bordait la fenêtre était également en partie fichu, des éclats de bois parsemaient désormais le sol. Le chat de Victor, fort heureusement, était indemne. Habituellement, il se lovait pourtant juste devant la fenêtre, mais ce soir-là, il était parti s’installer un peu plus loin, sur un fauteuil où il aimait parfois se blottir. Avait-il perçu que quelque chose allait arriver ?

Un terroriste ! Quelqu’un tentait certainement de l’assassiner ! Avec tout ce qu’on entendait dans les médias depuis quelques temps… pensa Victor. Il s’assit le temps de reprendre ses esprits et se ressaisit peu à peu. Il reconnut qu’il n’était pas toujours tendre et qu’il avait su se faire des ennemis. Peut-être était-ce un de ses collègues jaloux de son ascension professionnelle et de sa capacité à tout « dévorer sur son passage » ? Il réfléchissait, alarmé et inquiet. Une rancœur d’ex copine ? Il ne restait jamais bien longtemps avec les femmes et les délaissait dès qu’il avait pu obtenir d’elles ce qu’il souhaitait. Mais était-ce une raison pour agir de telle sorte ? Qui pouvait bien lui en vouloir à ce point ? En tout cas cela ne semblait pas anodin. Cela pouvait difficilement être l’œuvre de voyous qui aurait lancé une bombe au hasard.

Victor hésitait à appeler la police. Après tout, il s’agissait d’un véritable crime, il aurait pu être directement touché par cette explosion et y perdre un membre, voir pire. Il se sentait terriblement menacé, violé dans sa sécurité et son bien-être. Quelqu’un venait de violemment pénétrer son lieu de vie. Un criminel avait envoyé une bombe chez lui, déchirant son espace intérieur ! Il ne parvenait pas à s’en remettre. Il n’avait d’ailleurs plus faim et pas la force de se préparer à manger. Il entreprit donc de commencer à nettoyer les dégâts. Victor décida de ne pas appeler la police, il préférait avoir le moins de contact possible avec elle.

On frappa à la porte. C’était le voisin, ce petit homme un peu bourru qui disait rarement bonjour. Il le dévisageait d’un air inquiet.
« Ca va ? lui demanda-t-il. Vous n’avez rien ! remarqua-t-il, l’air visiblement rassuré. Que s’est-il passé ?! »
Victor se dit qu’il pouvait difficilement incriminer cet homme, avec qui il avait si peu d’échanges et qui paraissait être sincèrement choqué par l’explosion qui venait d’avoir lieu.
« Tout va bien. Une grosse frayeur, beaucoup de bruit, mais rien de grave. Désolé du dérangement. Merci d’être passé pour voir si tout allait bien. »

Pourquoi n’avouait-il pas ce qui venait de se passer ? Dans son fort intérieur, Victor sentait monter un sentiment diffus de culpabilité. Inexplicablement, il se sentait comme responsable de ce qui venait d’arriver. Pourtant, c’est au terroriste qu’il aurait dû en vouloir ! Au criminel qui le menaçait ! Il avait comme l’impression que quelqu’un voulait lui faire peur et d’une certaine manière, peut-être, le punir.

Pas plus rassuré, il s’avança à nouveau vers le canapé. Il se baissait pour ramasser un débris de meuble en bois quand tout à coup, il aperçu contre un coin du mur une boîte en plastique qui semblait avoir été lancée à travers le trou de la fenêtre. A l’intérieur de celle-ci se trouvait visiblement enroulé un papier rouge. Rouge vif. Comme un avertissement. Il saisit la boîte, empli d’un sentiment d’angoisse, et déroula la lettre rouge qui s’y logeait. Victor lu alors :

« Bonjour Victor,
Je n’ai pas eu la force de t’affronter jusque-là. Aujourd’hui, je suis plus grande, je suis plus forte. Et je suis capable d’agir. Depuis tout ce temps, je porte toujours en moi l’ombre de ce que tu m’as fait. Il fallait que cette ombre sorte de mon corps et te revienne à toi, puisque tu en es le responsable. C’est toi le criminel. Je l’ai compris à présent, j’ai compris que je n’étais pas coupable. Mais toi, tu n’as jamais été puni pour ton acte. Je voulais que tu saches que la violence, la peur et l’insécurité que tu as pu vivre ce soir, représentent un millième de ce que j’ai subi. Je voulais que tu le vives dans ton propre corps. Alors, mon corps redevient vraiment le mien, et je peux aller de l’avant.
Signé : celle qui a subi ton assaut. » « 

Dans le cadre d’un atelier d’écriture auquel je participe, je partage chaque semaine environ une nouvelle histoire courte que j’ai écrite. 
L’objet de la seconde histoire était le mystère et une atmosphère liée au crime.

Cécile Carrara

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