Quand parlerons nous non d’hommes mais d’HUMAINS ?

Cela fait un moment que ça me trotte dans la tête.
Comment peut-on encore continuer à utiliser le mot « Hommes » (majuscule aléatoire selon les textes et invisible à l’oral) pour parler des humains, et donc à la fois des femmes et des hommes?

C’est un peu comme si pour désigner l’humanité, on disait « les Femmes« . Je pense que cela paraîtrait assez injuste et que les hommes s’en sentiraient quelque peu exclus ou du moins invisibilisés.

Il semblerait logique qu’au 21e siècle on incluse enfin la moitié de l’humanité dans le langage français, surtout dans ce cas précis, où s’il s’agit simplement de mettre à jour un seul terme couramment utilisé.

Lorsque la Déclaration (pourtant universelle) des droits de l’Homme a été créée, les femmes n’avaient pas encore accès aux mêmes droits citoyens que les hommes. Pourtant c’est le cas aujourd’hui. On pourrait donc plus justement la nommer la Déclaration des droits humains, comme en Anglais « human rights » ou la Déclaration des droits de l’humain. Si l’on parlait de Déclaration des droits de la Femme à l’inverse on aurait l’impression que cela ne concerne Que les femmes! Mais dans « les droits de l’Homme », on a intériorisé le fait que les femmes se retrouvent invisibilisées et passent au second plan.

Cette question d’ « hommes » ou d’ « humains » n’est, il me semble, pas anodine. En effet l’Histoire a été très majoritairement racontée du point de vue masculin, en considérant presque uniquement l’activité et le vécu des hommes. On trouve un exemple révélateur dans cette phrase contradictoire écrite par l’anthropologue Claude Levi-Strauss : « Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées. »
La vie des femmes dans la société a été perçue et racontée dans nos sociétés patriarcales comme secondaire, moins digne d’intérêt. Ainsi on parle aujourd’hui encore d’hommes préhistoriques et non d’humains préhistoriques. Cela renvoie à l’idée d’espèce humaine, or dans le terme Latin « homo sapiens », « homo » vient du Latin signifiant « humain ». Le mot français « Homme » est lui issu d’un autre mot latin « hominem ». Ce choix de traduction linguistique et son usage est révélateur puisqu’il revient à quelque peu gommer la présence des femmes ou en tout cas à marquer celle des hommes et à lui donner plus d’importance.
Pourtant, il semble évident que la présence des femmes soit essentielle à la société, tout autant que celle des hommes. Une société sans femmes aurait-elle pu perdurer? Les rôles que tenaient majoritairement les femmes à travers l’Histoire n’étaient-ils pas nécessaires à la survie des sociétés humaines?

Cet usage du masculin prédominant dans le langage est encore très commun aujourd’hui. On parle encore « d’hommes politiques » alors que l’on pourrait utiliser le mot « politiciens » ou « hommes et femmes politiques », étant donné qu’en réalité il y a bien des femmes en politique et des femmes qui envisagent de l’être et auront besoin de s’y identifier. De même, certaines professions peinent à voir leur nom se féminiser. Ainsi on dit encore couramment madame le Maire au lieu de madame la Maire, ou le docteur au lieu de la docteure pour parler d’une femme, l’auteur au lieu de l’auteure ou l’autrice…
Ne parlons pas de la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » et du fait que la présence d’un seul homme pour cent femmes suffise à ce qu’on dise « ils » plutôt qu’ « elles ».
Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. Les règles de langage révèlent une représentation du monde. C’est ce qui nous permet de véhiculer une vision du monde, à travers des idées et des mots. En Grec ancien, en Latin, et en Français ancien on utilisait la règle dite « de proximité » : on accordait l’adjectif avec le nom le plus proche. Par exemple au lieu de dire :
« Le camion et la voiture sont verts. », on disait « Le camion et la voiture sont vertes. ».
Mais au 18e siècle, donc finalement assez récemment, la règle du masculin prédominant a été instaurée de manière à donner une importance moindre aux femmes. « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte », affirme l’abbé Bouhours en 1675. « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », complète en 1767 le grammairien Nicolas Beauzée. On a donc gardé cette façon de nommer la réalité dans un déséquilibre évident des genres.
Je me demande également si le fait que les femmes d’aujourd’hui ne prônent pas plus l’utilisation de termes neutres ou féminins, ne soit pas lié à l’intériorisation de la valorisation du masculin dans la société.

Je pense ainsi que pour rendre le langage plus juste et plus adapté à une société qui revendique une importance égale des deux genres humains, l’on pourrait commencer par utiliser le mot « humain » à la place d’ « Hommes » lorsque c’est possible : à l’école, dans les documents juridiques, administratifs, dans les médias ou dans nos conversations de tous les jours.

À l’enfant qui ne naîtra pas

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
et qui sans y paraître
en quelques battements
s’est lié à mon être.
Toi qui déjà
caressait de ta vie
mon ventre,
jusqu’alors endormi.

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
comme m’importait peu de savoir
si tu pouvais déjà m’entendre
ou même simplement exister
pour pouvoir déjà t’aimer.
Comment si petit toi,
insignifiant aux yeux du monde entier
as tu pris tout cet espace?
Toi qui n’était rien
et pourtant déjà tout.
Te sachant, c’est moi qui, soudain,
ait été transformée
ébahie face aux bouleversements que tu as engendrés.

À toi l’enfant, qui jamais ne naîtra
baigné dans la nuit qui fut tienne
et la promesse déchue d’un ciel
bleu qui ne viendra pas,
que cette nuit soit douce et t’accompagne,
que les instants donnés
restent nôtres, restent là.

À l’enfant qui jamais ne naîtra,
je dis merci,
à toi, qui m’a fait don d’humilité
de joie et tristesse mêlées
cadeau le plus intense
qu’on ait pu me donner.
Je souhaite du fond de moi que ce modeste adieu puisse compter
à présent que je dois
te laisser t’en aller.

Le voyage à vélo

Entre les vignes le temps ruisselle
il se cache entre les rayons
des roues de nos vélos chargés
de chaque pierre, de chaque pré.

Le temps s’amuse, rit de lui-même
nous entraînant dans les ruelles
il joue avec l’ombre et le vent
en échappant à ses carcans.

Pédalant toujours plus loin
sans trop savoir ce qui nous mène
sans montre et sans portable en main

le temps devient comme l’allié
de nos chemins.

Inspiration : Marie-Monique Robin

Une femme engagée, journaliste, auteure et réalisatrice de films phares écologiques et sociaux tels que « Le Monde selon Monsanto » et « Sacré croissance ».
Une femme qui revendique un monde plus humain et plus respectueux de la nature et qui parvient à exposer de manière claire les rouages du monde actuel.

Le 9 mars 2019 sur France Culture elle a dit : « On sent bien que l’on est à un moment charnière dans beaucoup de domaines. »

C’est aussi mon avis et cela raisonne avec ce que je perçois depuis ces dernières années. Un système économique, politique et social qui arrive en bout de souffle. Explosion des inégalités sociales, dégradation rapide de nos milieux de vie et chute de la biodiversité. Une période de transition massive : numérique, économique, sociale, mais surtout environnementale.

L’urgence du déréglement climatique, l’urgence de remodeler les modes de vie : se nourrir mieux, se vêtir plus éthique, travailler pour quelque chose d’utile et non destructeur, se déplacer sans polluer, se soigner sans abuser de médicaments, trouver du bonheur et du plaisir hors de la consommation, retourner à l’essentiel…